Allemagne: Les "Versets" dans la mosquée

Source: 
Le Monde
Fort de la confiance que lui témoigne la communauté turque d'Allemagne à la suite de son témoignage, Wallraff a décidé de lire publiquement, dans la future mosquée de Cologne, Les Versets sataniques.
Günter Wallraff est de retour. Et pas seulement dans l'hebdomadaire Die Zeit, pour lequel il signe à nouveau des enquêtes.
Le journaliste et écrivain allemand, adepte de la fausse identité et que Tête de Turc, récit du racisme dont il fut victime pendant deux ans en se faisant passer pour un immigré cherchant du travail, fit accéder à la notoriété en 1986, revient sur le devant de la scène, mais cette fois à visage découvert. Fort de la confiance que lui témoigne la communauté turque d'Allemagne à la suite de son témoignage, Wallraff a décidé de lire publiquement, dans la future mosquée de Cologne, Les Versets sataniques, roman pour lequel son auteur, Salman Rushdie, fut condamné à mort en 1989 par l'ayatollah Khomeiny.

Le seul projet de construction de cette mosquée, dont les minarets pointeront à 55 mètres de hauteur et qui pourra accueillir quelque 2 000 personnes, a provoqué de vifs débats en Allemagne, le cardinal de Cologne ayant fait part de son "malaise". Alors que le gouvernement d'Angela Merkel s'efforce de mettre au point les outils institutionnels et politiques d'un dialogue avec les musulmans, Günter Wallraff, 64 ans, habitant de la cité rhénane et partisan de la construction de la mosquée, s'immisce dans le débat. Non par provocation, mais, explique-t-il au magazine Der Spiegel, parce que "les musulmans ne connaissent pas ce livre qu'ils n'ont pas même lu" et qu'il veut ainsi "briser un tabou".

Le premier pas a été fait par l'association musulmane Ditib, responsable de la construction de la mosquée. Son représentant, Bekir Alboga, qui, lors d'une émission radio à laquelle Wallraff était aussi invité, lui a proposé de devenir membre du conseil de son association. Offre que Wallraf n'a pas déclinée et à laquelle il a répondu en proposant la lecture des Versets. Ce qu'il n'envisage pas comme "un spectacle", mais comme une "discussion" propre à "faire évoluer le dialogue avec l'islam". Si celle-ci a bel et bien lieu, en septembre, ce serait pour Günter Wallraff "un signal fort contre l'islamisme".

Par: Lorraine Rossignol

28 juillet 2007