ONU: 66 pays devant l'Assemblée de l'ONU pour dépénaliser l'homosexualité

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NouvelObs
Les signataires "condamnent les violations des droits de l'Homme fondées sur l'orientation sexuelle ou l'identité de genre". Etats-Unis, Chine, Russie et Etats arabes n'ont pas adhéré à l'appel.
Un appel de 66 pays du monde entier a été adressé à l'Assemblée des Nations-Unies jeudi 18 décembre pour une dépénalisation de l'homosexualité. Brandissant l'étendard des droits de l'homme face à la ferme opposition des Etats arabes et du Vatican, ces pays souhaitent placer la question des droits des homosexuels, bisexuels, lesbiennes et transgenres à l'ordre du jour de l'Assemblée de l'ONU.
Il s'agit d'une déclaration politique qui n'engage que ses 66 signataires, dont la France, la secrétaire d'Etat aux droits de l'homme Rama Yade en étant l'une des initiatrices. Le texte a été présenté à l'Assemblée par l'ambassadeur d'Argentine, Jorge Arguello. Parmi les signataires figurent tous les pays de l'Union européenne, le Brésil, Israël et le Japon. Mais ni la Chine, ni les Etats-Unis, ni la Russie n'y ont adhéré.

"Libres et égaux en droits"

Cet appel se fonde sur le principe d'universalité des droits de l'homme, consacré dans la Déclaration universelle dont on célèbre le 60e anniversaire cette année, et qui prévoit dès l'article premier que "tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits".

Le texte réaffirme "le principe de non-discrimination qui exige que les droits de l'homme s'appliquent de la même manière à chaque être humain, indépendamment de l'orientation sexuelle ou de l'identité de genre".

Les 66 pays "condamnent les violations des droits de l'homme fondées sur l'orientation sexuelle ou l'identité de genre, où qu'elles soient commises". Ils dénoncent en particulier "le recours à la peine de mort sur ce fondement, les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, la pratique de la torture et autres traitements ou peines cruels, inhumains et dégradants, l'arrestation ou la détention arbitraire et la privation des droits économiques, sociaux et culturels, notamment le droit à la santé".

Discrimination

"En ce XXIe siècle, comment accepter que des personnes soient pourchassées, emprisonnées, torturées et exécutées en raison de leur orientation sexuelle?" a lancé Rama Yade, qui coprésidait avec le ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas Maxime Verhagen une réunion de haut niveau afin de promouvoir cette déclaration. La secrétaire d'Etat française aux droits de l'homme a qualifié "l'initiative des 66" d' "historique".

Maxime Verhagen a pour sa part salué le fait que "pour la première fois dans l'histoire, un groupe important d'Etats membres s'est prononcé à l'Assemblée générale contre la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle". "Avec la déclaration d'aujourd'hui, a-t-il dit à la presse, cette question n'est plus un tabou aux Nations unies, elle est solidement inscrite à l'ordre du jour".

La peine capitale dans 7 pays

Rama Yade a cependant reconnu que la tâche était "difficile", ayant constaté lors de la campagne pour l'adoption du texte que celui-ci s'était "parfois heurté à l'incompréhension, voire à l'hostilité ouverte et au procès en sorcellerie". "Les bûchers de l'intolérance sont partout et de toujours", a-t-elle ajouté avant de déplorer que l'homosexualité soit encore interdite et donc pénalisée dans 77 pays. La peine capitale est prévue dans 7 pays (Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis, Iran, Mauritanie, Nigeria, Soudan, Yémen).

Lors de la préparation de cette déclaration, plusieurs pays arabes et le Vatican ont d'ailleurs manifesté leur hostilité au texte.

Pour le Vatican, la déclaration répond à l'objectif légitime de bannir la répression de l'homosexualité. Mais en condamnant les "discriminations" et "préjugés" concernant les homosexuels, il risque à ses yeux de favoriser le mariage gay, l'adoption par des couples du même sexe ou la procréation assistée pour les homosexuels.

19 décembre 2008

Source: www.nouvelobs.com