Mali: L'excision et les mariages précoces violent les droits de la femme

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Les mariages précoces et l'excision, également connue sous le nom de mutilation génitale féminine, sont fréquents au Mali, un pays pauvre où ces pratiques constituent à elles seules la plus grande menace aux droits des jeunes filles.
Au village de Yélimané, situé à 125 km au nord de Kayes, près de la frontière mauritanienne, presque toutes les filles subissent, dès la puberté, une forme de MGF avant d'être mariées.
Pour les habitants de Yélimané comme pour beaucoup d'autres Maliens frappés par la pauvreté, ces deux pratiques abusives sont devenues partie intégrante des traditions.

« Au Mali, les deux plus grandes menaces aux droits des enfants sont les mariages précoces et l'excision », explique Berthé Aïssata Bengaly, ministre de la Promotion de la femme, de l'enfant et de la famille.

Pour les Maliens, ces deux pratiques sont pleinement justifiées puisqu'elles s'inscrivent dans le concept culturel de la prédominance familiale. Les mariages précoces sont également perçus comme une manière de protéger les filles des sollicitations inopportunes du sexe opposé.

Toutefois, ces pratiques ont un impact désastreux sur les jeunes Maliennes. C'est ce qu'affirme Taoré Oumo Touré, une fervente défenseuse des droits de la femme.

« En mariant une jeune fille trop tôt, on lui vole son adolescence », déclare-t-elle. « Privée de sa liberté, elle se voit contrainte de se soumettre à des relations sexuelles non consenties. Cette pratique est lourde de conséquences psychosociales et émotionnelles ».

Les jeunes Maliennes n'ont pas le droit de choisir leur mari. Elles ne décident pas non plus de l'âge auquel elles se marient, et ne peuvent refuser l'excision. Pourtant, la loi malienne interdit à la fois l'excision et les mariages précoces. Par exemple, les mariages forcés sont passibles d'une peine d'une à cinq années de prison. Si la jeune fille a moins de 15 ans, le coupable peut être condamné à passer pas moins de 20 années derrière les barreaux, dont 10 années de travaux forcés.

L'application des lois : un problème épineux

Toutefois, faire respecter la loi reste une tâche ardue, puisque les membres de la famille eux-mêmes se font les complices des ces mariages arrangés.

« Bien souvent, les représentants du gouvernement ignorent totalement que le mariage se fait sans le consentement de la jeune mariée », explique Bintou Bouaré, avocate dans un centre d'aide juridique aux femmes maliennes.

Depuis les années 1990, pour aborder le problème de la MGF, le gouvernement malien a choisi la méthode douce : il soutient les campagnes de sensibilisation et d'information sans toutefois interdire cette pratique de facto.

Un risque pour la santé

Dans de nombreuses régions à forte majorité musulmane, les habitants pensent que l'ablation grossière du clitoris des jeunes adolescentes constitue un rite d'initiation religieuse. A tort, puisque le Coran ne préconise pas l'excision. Selon l'ONG Plan international, cette pratique est particulièrement répandue dans le sud-est du pays, une région très peuplée. Plan international a découvert que, dans les régions de Kayes, Koulikoro, Ségou, Sikasso et Mopti, 92,5 pour cent des femmes adultes avaient été excisées.

Ces opérations sont bien souvent réalisées dans des conditions d'hygiène rudimentaires, et les infections sont fréquentes. Ces dernières peuvent en outre causer la stérilité, ainsi que de graves douleurs menstruelles et des complications pendant l'accouchement. Sans parler de l'absence de plaisir sexuel. En fait, pour les femmes excisées, l'acte sexuel est bien souvent douloureux, affirment les médecins.

Selon les experts médicaux, outre les effets secondaires immédiats (de nos jours, il existe par exemple un risque de transmission du VIH), l'excision peut aussi entraîner des complications particulièrement graves pendant la grossesse. Les risques de décès par hémorragie sont plus élevés et pendant l'accouchement, les tissus fragiles qui entourent le vagin peuvent être endommagés. Cela peut provoquer la formation de fistules ou de grandes perforations dans la paroi musculaire, ces dernières étant en outre susceptibles de provoquer l'incontinence.

Les mariées qui tombent enceintes avant que leur corps ne se soit entièrement développé sont exposées à un risque accru de fistules.

Le piège de la pauvreté

Selon Aly Touré, un habitant de Kayes (dans l'ouest du pays), la pauvreté serait en grande partie responsable des mariages précoces. Des parents pauvres, explique-t-il, seront d'autant plus pressés d'avoir une bouche de moins à nourrir et de recevoir la traditionnelle dot de la part du marié.

Cependant, constituer une dot n'est pas une tâche facile pour un jeune homme, et il arrive fréquemment que le nouveau mari soit bien plus âgé que son épouse.

Le Mali compte parmi les pays les plus pauvres du monde. Une étude réalisée par le gouvernement en 1999 a révélé que 63,8 pour cent et 21 pour cent de la population (11 millions) vivaient respectivement dans la pauvreté et dans l'extrême pauvreté.

Selon les estimations du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), au Mali, le revenu moyen par habitant est d'à peine 190 dollars américains par an.

Emancipation des enfants

Cette année, à Kayes, une jeune adolescente de 14 ans avait été promise à un marabout (un dignitaire religieux) âgé de plus de 70 ans. Conscients de leurs droits grâce à la campagne menée par le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef), les enfants de la région sont venus à sa rescousse.

« Les enfants sont arrivés et nous ont expliqué ce qui se passait. Ils ont même emmené la mère de la petite au commissariat », a raconté à IRIN Moussa Cissoko, un représentant de l'Unicef.

L'Unicef est présent dans les écoles, où ses représentants travaillent à la mise en place de « gouvernements des enfants » afin de lutter contre le problème des mariages précoces. Pour ce faire, ils ont mis au point un programme baptisé « l'école est l'amie des enfants, l'amie des filles ».

« A Kayes, la majorité des petites filles de 13-14 ans sont retirées de l'école pour être mariées », a expliqué à IRIN Dembele Makouma Diarra, une institutrice.

Dioumara Cissoko, présidente d'un groupe de femmes installé à Bamako, affirme cependant que les femmes sont en train de s'émanciper.

« Avant, on faisait l'erreur de marier nos filles très tôt », reconnaît-elle. « A présent, nous avons constaté que les femmes sont capables de faire tout ce que font les hommes. Nous avons des femmes ministres et des femmes députées, et nous continuerons de lutter pour donner une chance à nos filles ».